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Odyssée Dao est une artiste contemporaine dont l’univers mêle poésie visuelle, introspection et influences multiculturelles.
Son travail s’inspire du voyage, au sens réel comme imaginaire, et questionne l’identité, la mémoire et les émotions.
À travers des formes simples, des symboles et un usage expressif de la couleur, elle propose une esthétique à la fois sensible, délicate et audacieuse.
Dans ses œuvres récentes, l’artiste explore particulièrement l’idée de « paysage intérieur » : comment représenter ce que l’on ressent ? Comment
traduire une émotion, un souvenir ou une expérience personnelle en formes, en matières et en couleurs ?
Artiste pluridisciplinaire, elle présente lors de son exposition “Éteindre les lampions” au centre d’art, des œuvres en céramique, ainsi que des dessins et des peintures sur tissu.
Certaines pièces prennent la forme d’installations, invitant le spectateur à circuler autour des œuvres et à vivre une expérience immersive.
“Éteindre les lampions, ce n’est pas faire disparaître la lumière.
C’est la déplacer. La laisser glisser ailleurs, dans des zones plus lentes, moins frontales, où le regard doit s’ajuster, renoncer à saisir trop vite.
Les œuvres d’Odyssée Dao semblent naître de cette économie du visible.
Les formes en céramique apparaissent comme des présences silencieuses, posées là sans ostentation. Ni tout à fait objets, ni tout à fait figures, elles se tiennent dans un état intermédiaire. Leurs surfaces portent des traces — non pas des marques décoratives, mais des mémoires. On y devine des gestes qui ont eu lieu, des transformations irréversibles, comme si la matière avait traversé quelque chose dont elle conserve l’empreinte.
Entre les œuvres, céramique, tissu, dessins, quelque chose circule. Une tension discrète, un souffle, une manière d’habiter l’espace sans le saturer. La chapelle devient alors plus qu’un cadre : une chambre d’écho.
Éteindre les lampions, ici, pourrait être compris comme un geste de retrait. Non pas se retirer du monde, mais retirer ce qui empêche de voir autrement. Diminuer l’évidence, pour laisser apparaître ce qui tremble, ce qui résiste à la clarté immédiate.
Regarder devient alors une forme d’écoute. Une attention portée à ce qui ne se donne pas entièrement, à ce qui se transforme au bord de la perception. Les formes ne s’imposent pas, elles se laissent approcher. Elles demandent du temps, une certaine lenteur, presque une retenue.
Dans cette pénombre habitée, quelque chose persiste pourtant. Une présence, fragile mais insistante. Comme une braise sous la cendre. Comme une image qui refuse de disparaître tout à fait.
Éteindre les lampions, ce serait peut-être cela :
ne pas chercher à voir plus,
mais voir autrement.”
Pascaline ZICAVO
Invisible galerie
Mars 2026