Entre-deux mondes
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Avec “Entre-deux mondes”, Quentin Spohn et Céline Marin proposent la confrontation de leurs pratiques, mais aussi l’exploration d’un territoire commun : celui de l’instabilité.
Un espace où les repères vacillent et où le regard est constamment mis à l’épreuve.
Les dessins de Quentin Spohn se déploient comme des architectures mentales, denses et proliférantes.
Au graphite, il compose des surfaces saturées de figures, de motifs et de fragments qui semblent s’agréger dans un mouvement continu. Si l’ensemble donne d’abord une impression de chaos, une organisation plus souterraine apparaît peu à peu. Les plans se chevauchent, les volumes se construisent, sans jamais stabiliser totalement l’espace. Le regard s’y perd, incapable de fixer un point d’ancrage, oscillant entre immersion et désorientation, comme face à un collage sculptural transposé dans le dessin en deux dimensions.
Face à cette profusion, Céline Marin instaure un autre régime de visibilité.
Ses figures, tracées à l’essentiel, émergent de fonds laissés vierges. Isolées, sans sol ni contexte, elles semblent en suspens, comme soustraites au monde, libérées de toute attache. Pourtant, loin d’être vides, elles condensent une présence singulière. Par leurs déformations, leurs postures ou leurs silences, elles suggèrent des états intérieurs, des récits latents. Ici, c’est l’absence qui fait image, et le vide qui active la projection.
Entre saturation et retrait, les œuvres se répondent sans jamais se confondre.
L’une envahit l’espace quand l’autre le suspend ; l’une multiplie les possibles quand l’autre les retient.
De cette tension naît un champ perceptif instable, où le spectateur est invité à recomposer ses propres trajectoires de regard.
L’exposition devient alors un lieu de circulation plutôt que de résolution, un entre-deux actif, où les formes ne cessent de se transformer dans l’expérience même de celui qui les regarde.